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Astrologie, de Daniel Kunth et Philippe Zarka

L'AstrologieOu comment faire un ouvrage dans une collection encyclopédique sur un sujet qu’on ne connaît pas.

Les yeux rivés vers les plus lointaines constellations, les auteurs ignorent tout de notre monde. Etre deux pour des « scientifiques » est un minimum pour arriver à écrire 128 pages sur l’astrologie: un pour lire les comptes rendus des articles écrits sur l’astrologie, l’autre pour écrire le bouquin mais chacun de son côté bien sûr!

Le résultat c’est la preuve vivante que le monde scientifique français se rapproche du monde politique: deux mondes qui ne sont jamais ancrés dans le réel, deux mondes qui ne voient la réalité que par des intermédiaires, sans jamais connaître le prix d’une baguette de pain ni d’un ticket Astro (désolé, Messieurs, mais Astro et non pas Astro-Loto est le ticket le plus vendu par la Française des Jeux).

Ca me rappelle la fable de La Fontaine. Mais il faudrait l’actualiser et remplacer astrologue par astrophysicien!

Table des matières:

Introduction: L’astrologie aujourd’hui, un phénomène de société
Chapitre 1 Brève histoire de l’astrologie occidentale
Chapitre 2 Qu’est-ce que l’astrologie?
Chapitre 3 Astrologie « scientifique » ou l’astrologie face à la science
Chapitre 4 L’astrologie et les sciences humaines
Conclusion: La nature de l’astrologie

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Comment démontrer l’astrologie. Expérimentations et approches théoriques, de Suzel Fuzeau-Braesch et Hervé Delboy

Livre de deux auteurs, livre en deux parties nettement distinctes: une étude sur 19 traits de caractère par Suzel Fuzeau-Braesch et une étude sur les transits menée par Hervé Delboy. Les deux études s’appuient sur les statistiques pour « démontrer » l’astrologie. Une troisième partie essaie de poser des hypothèses scientifiques.

Dans l’expérience menée par Suzel Fuzeau-Braesch, 524 étudiants (de l’Ecole polytechnique, de Supélec, d’IUT, d’HEC, etc.) ont été soumis à un test de 630 questions (test d’Eysenck-Wilson). Chaque étudiant est ainsi classé en 19 traits:

Eléments relationnels (extraversion – introversion)

actif peu actif
sociable insociable
audacieux prudent
impulsif contrôlé
expansif inhibé
irresponsable responsable

Eléments d’émotivité (émotionnalité – stabilité)

infériorité estime de soi
déprime sens du bonheur
anxieux calme
obsession pas d’obsession
dépendant autonome
hypocondrie sens du bien-être
culpabilité pas de culpabilité

Eléments d’affirmation ( fermeté – souplesse)

agressif pacifique
ascendance sur autrui soumission
ambitieux pas ambitieux
manipulation d’autrui compréhension
aventureux pas aventureux
dogmatique flexible

Avant de présenter au lecteur les résultats statistiques de cette expérience, Suzel Fuzeau-Braesch lui offre 10 portraits d’étudiants qui « commentent » quelques-unes de leurs réponses. Pour chacun d’eux le thème est tracé.

Les résultats sont donnés pour plusieurs facteurs du thème: Soleil en signe, Lune en Signe, Mars en Signe et AS en signe. Pour chaque tableau différent une page affiche une interprétation astrologique tirée du dictionnaire d’astrologie de Jean-Louis Brau chez Larousse et le commentaire de Suzel Fuzeau-Braesch. Comparer les différences de répartitions des traits de caractère pour un Soleil et un AS dans le même signe apporte de très utiles informations à l’astrologue. Surtout que rares sont les auteurs-astrologues qui se donnent la peine de faire ces différences. J’ai le souvenir d’Arroyo dans Pratique d’interprétation du thème astral, qui disait, par exemple: « Le Soleil en Bélier, direct, voire abrupt, pouvant sembler agressif et dépourvu de toute considération envers les autres, est souvent adouci chez beaucoup de ceux qui ont le Bélier à l’Ascendant ». Dans les résultats obtenus par Mme Fuzeau-Braesch, l’AS Bélier par rapport au Soleil Bélier devient: « encore plus introverti et émotif mais perdant agressivité et dogmatisme ». Une étude des planètes aux angles montre de très importantes différences selon l’angle du thème. On s’étonne quand même de voir apparaître un tableau affichant les traits de caractères les plus liés aux positions des planètes en maisons. C’est … une expérimentation! Un dernier tableau affiche les traits de caractères associés aux aspects planétaires.

La deuxième partie du livre est consacrée à une étude statistique des transits. On quitte donc le « psychologique » pour aborder l’événementiel. On comprend moins facilement le choix d’Hervé Delboy de travailler sur les transits, technique peu fiable en matière de prévision d’événements. Et encore moins de travailler sur les types d’événements suivants: dates d’élection pour les politiciens, dates de « première » de film ou de remise de prix pour les acteurs, dates de création d’une oeuvre pour un compositeur, dates d’expositions pour des peintres, dates de publications ou de prix littéraires pour des écrivains, dates de promotion pour des magistrats. Certains de ces événements sont importants sans doute, mais je doute que la date de publication d’un livre soit un véritable événement pour un écrivain, surtout pour un Balzac par exemple. Quant aux difficultés liées à la technique même des transits (orbes, aspects, etc.) elle ne permettra sans doute jamais d’asseoir de véritables preuves d’un effet astrologique à travers les statistiques (effet pourtant sensible d’après cette étude). Mieux vaut s’orienter sans doute vers des événements plus marquants (accident, blessure, accouchement, opérations chirurgicales,  mort, etc.) et ne pas tenir compte d’orbe. Ce qui nécessite aussi de n’utiliser que des thèmes aux heures de naissance très précises. Pas forcément des thèmes de célébrités des siècles passés! L’auteur a d’ailleurs d’autres résultats de recherche à présenter sur son site web.

Comment démontrer l’astrologie
Expérimentations et approches théoriques
de Suzel Fuzeau-Braesch et Hervé Delboy

Albin Michel, 1999, 380 p., 140 FF
ISBN 2-226-10719-3

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Pour l’astrologie. Réflexions d’une scientifique, de Suzel Fuzeau-Braesch

Que les PUF éditent un livre qui ne soit pas anti-astrologique avait fait grand bruit parmi les rationalistes. Après avoir publié une étude sur les jumeaux, Suzel Fuseau-Braesch revient avec quelques réflexions sur l’astrologie, ou plutôt les sciences.

Après un préambule sur l’histoire et l’évolution (on aurait aimé une étude plus détaillée de l’évolution des significations des planètes et des signes) de l’astrologie, ce livre est en effet composé de chapitres sur les sciences du vivant, la physique, l’astrophysique et les mythes religieux entrecoupés d’entretiens avec quelques-uns des éminents savants de ces disciplines, collègues scientifiques de l’auteur. Le lecteur ignorant (l’auteur ne semble pas apprécier ce genre de lecteur: « Tout le monde connaît la découverte de Pasteur sur l’asymétrie des cristaux d’acide tartrique, sous-produit de la vinification ») est ainsi mis au courant de certaines découvertes en génétique moléculaire par exemple. Toutes les notions évoquées pourraient être nécessaires « pour évoquer la recherche de la nature des liens astres-hommes ». Mais que le lecteur n’aille pas croire qu’il s’agit d’expliquer ou de justifier scientifiquement l’astrologie à l’aide de récentes découvertes. Comme le montre l’exemple du chapitre sur la Bible confrontée à la science, il s’agit plutôt de dire que l’astrologie mérite considération de la part des scientifiques puisque même la religion n’est plus attaquée par l’Union rationaliste: « La question doit être clairement posée maintenant: l’astrologie est-elle plus, autant ou moins mythique que les religions chrétiennes dominantes? Elle sous-tend une autre question: pourquoi l’astrologie est-elle plus attaquée que les croyances religieuses. »

C’est contre les préjugés de certains « scientifiques » que ce livre est écrit. Mais aussi contre ceux de certains astrologues « anti-science ». Suzel Fuzeau-Braesch règle ses comptes autant avec les rationalistes qu’avec les astrologues qui l’ont attaquée à la suite de ses précédents ouvrages. Ainsi, S. de Mailly Nesle qui ne défend pas du tout une approche scientifique de l’astrologie, C. Duchaussoy qui farcit son discours de mots et d’idées « grossièrement approchées ». Sont louangés les Barbault, les Nicola et les Lenoble ou encore les Santagostini (et même Francis Santoni de la société Auréas Informatique pour ses calculs sur la Lune noire) qui ont essayé d’avoir une approche plus scientifique de l’astrologie.

Le lecteur finit par croire qu’il ne s’agit que d’une réponse personnelle aux attaques passées, tant les critiques sont rapportées et commentées. Les réflexions de la scientifiques sont finalement réduites à peu de choses: « Les scientifiques ne doivent pas laisser l’astrologie à son ghetto irrationnel. Ils doivent y travailler eux-mêmes, faire de nouvelles recherches, trier le bon grain de l’ivraie, progresser. Désormais, l’astrologie ne doit pas être et n’est pas face à la science, elle doit prendre sa place dans la science, le temps en est venu. »

On peut reprocher à l’auteur un grossier préjugé: sa méconnaissance totale de l’astrologie sidérale qui ne serait qu’une « mode orientaliste » peu répandue selon elle (la mode, sans doute, le sidéralisme, certainement pas). Les préjugés existent partout, même dans un ouvrage qui veut les dénoncer. Nul doute que Suzel Fuseau-Braesch ne défend qu’une sorte d’astrologie qui est essentiellement psychologique occidentale et tropicale et qui se risque parfois à des prévisions à l’aide des transits. Dommage.

Pour l’astrologie.
Réflexions d’une scientifique
de Suzel Fuzeau-Braesch

Albin Michel, 1996, 282pages, 98 FF
ISBN 2226087664

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